Quand l’art martial devient un chemin de vie : le parcours de Laurent Claudel

Imaginez un enfant qui ne tient pas en place, qui grimpe aux arbres, court partout et déborde d’une énergie inépuisable. C’était moi, Laurent Claudel, dans mes premières années. Cette énergie débordante, loin d’être un problème, allait devenir le moteur d’une passion qui guide ma vie depuis plus de trois décennies : les arts martiaux et la quête de l’équilibre intérieur.

Les premiers pas : quand Bruce Lee éveille une vocation

L'enfance mouvementée qui forge un destin

Dès mon plus jeune âge, j’étais un véritable petit tourbillon. Ma mère, face à cette énergie débordante, a compris qu’il fallait me canaliser vers quelque chose de constructif. Mais contrairement à beaucoup d’enfants de mon époque, le football ne m’attirait pas du tout. Je voulais quelque chose de différent, quelque chose qui sorte de l’ordinaire.
C’est alors qu’un homme extraordinaire a changé ma vie sans même me connaître : Bruce Lee. Cet acteur légendaire, mais surtout ce maître exceptionnel des arts martiaux chinois, m’a littéralement fasciné. Ce qui m’impressionnait le plus, ce n’était pas seulement ses prouesses physiques à l’écran, mais sa maîtrise hors pair du kung fu et tous ces mystères qui entourent les arts martiaux chinois, notamment l’utilisation du Qi, cette énergie vitale si particulière.

Les débuts dans le Karaté à Mâcon

Malheureusement, à Mâcon, impossible de trouver un club de kung fu à cette époque. Qu’à cela ne tienne, je me tourne vers le karaté, que je commence à pratiquer à l’âge de 8 ans. Dès les premiers cours, je sais que j’ai trouvé ma voie. Cette discipline japonaise rigoureuse me permet enfin de canaliser toute cette énergie qui bouillonnait en moi.
Les résultats ne se font pas attendre. Je participe bientôt à de nombreux championnats et coupes, avec des résultats qui dépassent mes espérances. Mais je ne veux pas m’arrêter là. Pour progresser encore davantage, je prends une décision qui va marquer ma formation : suivre l’enseignement de Bernard Bilicki, d’abord en stages, puis en me rendant régulièrement à ses cours à Roanne.

L'école de la performance : les années Bernard Bilicki

Un maître exceptionnel pour une formation d'élite

Bernard Bilicki n’était pas n’importe qui dans le monde du karaté français. Grand champion et entraîneur de l’équipe de France cadets-juniors, il représentait l’excellence technique et pédagogique. Suivre son enseignement, c’était accepter de rentrer dans une autre dimension de la pratique martiale.
Les moments passés avec lui étaient d’une intensité rare, aussi bien physiquement que mentalement. Ces séances d’entraînement m’apportaient une satisfaction profonde sur le moment, mais surtout, elles ont forgé en moi des qualités qui me servent encore aujourd’hui : le dépassement de soi, la persévérance, la rigueur. C’est dans ces moments d’effort intense que j’ai développé ma détermination et ma confiance en moi.
En 1993, je prends la décision d’arrêter la compétition. Après des années à viser la performance et les résultats, je ressens le besoin d’évoluer vers autre chose — ou plutôt, de revenir à l’essentiel.espérances. Mais je ne veux pas m’arrêter là. Pour progresser encore davantage, je prends une décision qui va marquer ma formation : suivre l’enseignement de Bernard Bilicki, d’abord en stages, puis en me rendant régulièrement à ses cours à Roanne.

De la pratique à l’enseignement : l'envie de transmettre

Tout en avançant dans ma pratique, j’ai passé les différents grades jusqu’à obtenir la ceinture noire 1er DAN. C’est aussi le moment où j’ai commencé à enseigner bénévolement le Karaté Shotokan.

Cette transition vers l’enseignement marque un tournant dans ma relation aux arts martiaux. De la recherche de performance personnelle, je passe à la transmission, au partage de cette passion qui m’anime.

La formation continue : à la rencontre de grands maîtres

L'enrichissement auprès de légendes du Karaté

Ma soif d’apprendre ne se tarit jamais. Je continue à me former lors de stages auprès de nombreux grands noms du karaté français et international : Taiji Kase, Gilbert Gruss, Serge Chouraqui, Pierre Portocarrero. Chacune de ces rencontres enrichit ma compréhension et ma pratique, apportant une nuance différente à mon approche du karaté.

Jean-Louis Badet : la rencontre qui change tout

Mais c’est lors d’un stage que se produit LA rencontre décisive de ma formation : celle avec Jean-Louis Badet. Cet enseignant de grande qualité et excellent pédagogue va littéralement révolutionner ma vision des arts martiaux.
Jean-Louis possède cette particularité rare d’enseigner à la fois les arts martiaux japonais et les arts énergétiques chinois comme le Tai Chi Chuan et le Qi-Gong. Cette double compétence va ouvrir devant moi un horizon complètement nouveau et marquer le véritable commencement de mon cheminement au sein de différents arts martiaux, et surtout la découverte fascinante des arts énergétiques chinois.

La professionnalisation : créer sa propre école

Les Diplômes d'État : une légitimité professionnelle

Désireux de consolider mes acquis d’entraîneur et de donner une base solide à ma future carrière professionnelle, je choisis de suivre la formation d’éducateur sportif. En 1995, je réussis avec succès deux diplômes d’État, dont celui spécialisé en karaté.

L'École des 3 Énergies : un rêve qui devient réalité

L’année suivante, en 1996, je franchis le pas le plus important de ma carrière : je crée ma propre école : l’École des 3 Énergies à Sancé. Cette création répond à un besoin profond de me consacrer pleinement à la transmission des connaissances acquises dans les arts martiaux en tant que professionnel.
La même année, je décroche mon 3e Dan, une étape importante, mais surtout un rappel : dans les arts martiaux, chaque grade n’est pas une arrivée, mais un nouveau départ. Mais au-delà du grade, c’est une nouvelle philosophie qui s’installe, celle de l’enseignement comme mission de vie.

L'ouverture vers l'Asie : la découverte et l'enrichissement personnel

À la source des traditions : Japon et Chine

Pour approfondir ces différents arts et ces connaissances, mais aussi pour m’imprégner véritablement de la culture asiatique, j’effectue plusieurs séjours au Japon et en Chine. Ces voyages représentent bien plus que de simples formations, ce sont de véritables immersions aux sources de ces pratiques ancestrales où l’on apprend autant par le corps que par l’esprit.

Asie vs Occident : une révélation pédagogique

Ces immersions me permettent de constater une différence fondamentale d’enseignement entre l’Asie et l’Occident. En Asie, l’approche privilégie la méthode globale sans didactique explicite – ce fameux principe du « répète et ton corps comprendra ». L’Occident, quant à lui, est davantage tourné vers la réflexion et la mise en place d’outils pédagogiques structurés.
Cette prise de conscience va profondément influencer ma propre approche pédagogique, cherchant à marier le meilleur des deux mondes.

L'élargissement des horizons : shiatsu et médecine traditionnelle chinoise

Après cette période, ma curiosité me pousse vers de nouveaux domaines d’étude. Je me lance dans l’apprentissage du shiatsu et de la Médecine Traditionnelle Chinoise. Ces disciplines, intimement liées aux arts martiaux par leur approche énergétique, viennent enrichir considérablement ma compréhension du rôle du Qi dans le corps humain et de ses mécanismes subtils.

La quête de l'essence : au-delà de la performance

Un changement de paradigme

De retour de ces voyages initiatiques, je m’implique davantage dans la recherche de sensations corporelles, d’énergie, dans l’exploration du concept du Qi et la compréhension de la notion du wu wei (le non-agir taoïste). La performance pure passe au second plan, laissant place à une quête plus subtile et profonde.
Cette évolution marque une maturité dans ma pratique : il ne s’agit plus seulement de maîtriser des techniques, mais de comprendre les principes qui les sous-tendent et de développer une sensibilité énergétique véritable.

Les maîtres chinois : Su Dong Chen, Yang Jwing Ming et Zhang Xiao Yan

Dans cette démarche d’approfondissement, je participe à des stages avec de grands maîtres chinois : Su Dong Chen et Yang Jwing Ming, deux légendes vivantes des arts martiaux internes. Mais c’est avec Mme Zhang Xiao Yan que se noue une relation d’apprentissage particulièrement enrichissante.

Aujourd’hui encore, je continue de m’entraîner avec Mme Zhang Xiao Yan. Sa parfaite maîtrise des arts martiaux et énergétiques chinois (wu shu), couplée à une humilité incroyable, en fait un modèle d’authenticité dans un monde souvent gangrené par l’ego et la superficialité.

La sagesse des arts martiaux : plus qu'une pratique, une philosophie de vie

Plus de trente ans de pratique, et d'apprentissage

Après plus de trente années d’expérience, de recherche et de rencontres exceptionnelles, je peux affirmer avec conviction que le véritable attrait des arts martiaux réside dans leur grande sagesse, leur profondeur, et la subtilité de ces pratiques.
Ces arts nous enseignent une approche holistique de l’être humain, où corps, esprit et énergie ne font qu’un. Ils nous apprennent à cultiver la patience, l’humilité, le respect de l’autre et de soi-même.

La transmission : apprendre pour mieux enseigner

Passionné et toujours en quête de sensations nouvelles, de compréhensions plus fines, je continue à apprendre tout en transmettant ces différents arts à mes élèves avec bienveillance. Mon objectif est de leur apporter un profond mieux-être, une harmonie retrouvée avec eux-mêmes.
Chaque cours est une opportunité de partager cette richesse accumulée au fil des années, mais aussi d’apprendre de mes élèves, car l’enseignement véritable est toujours dans les deux sens.

Conclusion : au-delà de la technique, l'éveil de soi

Au final, les arts martiaux ne sont qu’un prétexte merveilleux pour se découvrir, se dépasser, grandir en sagesse et en humanité. Ils nous enseignent des valeurs universelles : respect, persévérance, humilité, courage, et nous aident à développer cette force intérieure qui nous permet d’affronter sereinement les défis de la vie quotidienne.
Mon parcours, de cet enfant hyperactif de Mâcon à professeur d’arts martiaux que je suis devenu, témoigne de la force transformatrice de ces disciplines ancestrales. Elles ont fait de moi la personne que je suis aujourd’hui, et continuent chaque jour à enrichir ma vie et celle de mes élèves.
La voie des arts martiaux est une quête perpétuelle, elle est un chemin d’évolution permanente, une voie pour s’épanouir et c’est exactement ce qui en fait toute la beauté.